J'ai envie de partager une expérience tout à fait nouvelle ! A Mandalay, je me suis séparé d'Etienne pour quelques jours afin de vivre trois jours de méditation. Cela faisait longtemps que je souhaitais essayer et voilà, aujourd'hui, c'est fait. Je suis très heureux de l'avoir fait car j'ai beaucoup appris sur cette pratique et sur moi aussi on peut dire.
[Disclaimer : cet article, je l'écris pour vous et pour moi également. Peut-être qu'il n'intéressera pas tout le monde alors n'hésitez pas à le zapper...y en aura d'autre :-) !]
La purification de la conscience
Commençons par le commencement : qu'est que la méditation. C'est avec une grande innocence que je m'étais imaginé que la méditation était un moment ou l'assoit et on laisse son esprit déambuler pour qu'au bout d'un moment, on soit en mesure de faire un peu de tri, de rangement dans toutes ses pensées qui nous trottent dans la tête. Et pourquoi s'assoir ? ben parce que sinon, on s'endormirait !
Sur le dernier point, c'est plutôt correct car pratiquer la méditation allongé aurait une bonne probabilité de se finir en sieste. N'empêche que la position en lotus du Bouddha n'est pas du tout facile à tenir. Je me souviens encore de toutes ses douleurs dans les jambes et le dos...
La méditation n'a rien avoir avec ce "laché prise" mental. C'est tout l'inverse, méditer, c'est se concentrer, faire abstraction de tout le reste, pour purifier son esprit et au bout d'un moment, y voir plus clair. La technique de base est de se concentrer sur sa respiration, et plus précisément sur le point où l'air de la respiration touche la peau, pour certains le haut de la lèvre, d'autres le bord du nez. Cette concentration a pour objectif de nous rendre véritablement conscient de cette respiration (anapanna) et quand ce niveau de conscience est atteint, alors peut-être peut on se considérer comme sage. Tout ceci fait parti de la purification de la conscience.
En effet, dans la culture buddhiste, la sagesse, connaître le bien, le mal, commence par la capacité de chacun à bien percevoir cette respiration, c'est à dire être capable de se concentrer suffisamment pour voir le monde clairement.
Et bien, c'est extrêmement difficile. En trois jours, je n'ai pas vraiment réussi à me concentrer sur plus de 15 ou 20 respirations. Mon esprit partait dans tous les sens. Ma méditation se révélait plus être le jeu de lasceau (je rattrapais mon esprit qui divaguait sans cesse) qu'une expérience psychique incroyable.
Étonnamment, fermer les yeux et essayer de me concentrer sur ma respiration produisait l'effet inverse de celui voulu. Au lieu de m'isoler du monde et regarder vers moi-même, je mettais tous mes sens, sauf la vue, en éveil et chaque odeur, bruit, mouvement autour de moi me submergeaient. D'ailleurs, entre nous, ils pètent et rotent même dans les séances de méditation...comment voulez-vous que je me concentre :-p
Je me suis donc entrainé à me concentrer par période d'une heure trente. Malgré la douleur de mes membres à cause de cette position, malgré les bruits et la vie autour de la salle de méditation, malgré les millions de pensées qui me submergent. En trois jours, je n'ai pas atteint le nirvana (i.e. l'immortalité et l'arrêt du cycle de réincarnation dans la culture bouddhiste), je n'ai même pas pu me concentrer vraiment plus de 5 minutes (je suis encore loin de la sagesse).
J'ai néanmoins eu une expérience, une sensation de voir comme un vortex s'ouvrir entre mon cerveau et mon nez. L'impression que mon nez partait à des milliers de km, associé à un moment de vertige dirons nous. Pendant quelques secondes, j'ai eu cette sensation bizarre mais c'est alors que comme par reflex d'autodéfense, je (mon esprit) reprend le dessus sur cette drôle de glissade et j'ouvre le yeux...on recommence à 0.
Ma vie au quotidien
Puis arrivé au centre de méditation, le temps ralentissait et une certaine sérénité montait en moi.
Tout d'abord parce que les gens y étaient vraiment très très gentil. L'intendant de tout cela me guidait partout, m'a fait rencontré le maître, m'a fait discuter avec sa fille qui parlait anglais pour m'expliquer les bases, il m'a offert un livre sur la méditation et un longyi pour plus de confort ! J'y ai rencontré notamment un chauffeur de bus de Yangon qui faisait une retraite de 3 mois, un papi du Danemark qui était là aussi pour 7 semaines et bien sûr, nous étions entourés de moines. L'un deux, me voyant lire le bouquin m'a prété son lecteur MP3 pour que j'écoute un Dhamma talk en anglais. Le Dhamma talk, ce sont en fait les mots du Bouddha, présentaient par le maîtres. Disons l'équivalent d'une messe me semble-t-il.
| Je ne me suis pas pris en photo mais imaginez moi à la place d'Etienne, sans la bière, avec à peu prêt autant de nourriture ! |
Le déjeuner était un moment spécial également. L'intendant venait me chercher et m'installait, seul à une table, devant un festin digne d'un roi. La table devant moi aurait pu nourrir au moins 2 ou 3 personnes. Et je mangeais seul, en silence.
Purification de la vertu
Nos vies "actives" sont tellement actives que nous sommes submergés par nos pensées. Les moines dans les monastères choisissent un mode de vie qui les protège de cela. Dans le bouddhisme, cela s'appelle la purification de la vertu. D'après le livre que j'ai lu, cette purification est la première, elle est "pré-requise", puis il y a la purification de la conscience et encore 5 étapes de purification avant le nirvana.
Cette première passe par un mode de vie régie par de nombreuses règles. Le Bouddha en avait dicté exactement 91805 milliard et 5600. Pour faire simple, les moines en appliquent quand même 227 dans leur vie de tous les jours. Pour les "yogi" (apprentis), 5 sont primordiales : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas avoir de mauvaise conduite sexuelle, ne pas mentir, ne pas s'intoxiquer (fumer, alcool).
D'autres ensuite viennent compléter ces 5 règles de bases comme ne pas manger après midi ou ne pas dormir sur un lit confortable.
3:30 - réveil
4:00-5:00 - méditation
5:00-5:30 - chants collectifs
5:30-6:00 - petit-déjeuner
6:00-7:00 - ménage
7:00-9:00 - méditation
9:00-10:00 - toilette, repos
10:00-11:00 - Dhamma Talk
11:00-12:00 - déjeuner
12:00-12:30 - repos
12:30-14:00 - méditation
14:00-14:30 - repos, marche
14:30-16:00 - méditation
16:00-16:30 - repos, marche
16:30-18:00 - méditation
18:00-18:30 - repos, jus de fruit
18:30-19:30 - Dhamma Talk
19:30-20:00 - chants du soir
20:30-3:30 - nuit
et on recommence !
Cette expérience m'a convaincu que je ne me sens pas capable de vivre cette vie pour une ou deux semaines comme je pensais faire initialement. Autant je pense que je peux supporter le confort basique, autant cette discipline me ferait craquer, cette monotonie aussi. Je suis heureux d'avoir pu l'observer sans la vivre même si au niveau méditation, je pense qu'on ne peut pas faire de progrès important, surtout au début, si on ne se coupe pas du monde. Disons que j'ai vécu l'expérience à moitié...mais je ne regrette rien. De plus, pour pouvoir intégrer le monastère, il me fallait un visa méditation, on me l'avait jamais fait celle là !
Petit anecdote en passant : les toilettes de la chambre ou j'aurais pu dormir si j'avais fait un retraite complète étaient infestées de moustiques. Une armée de 50 fantassins en ordre dispersé qui n'attendaient que mon arrivée pour un bon repas. Je ne leur ai pas donné raison mais je peux vous dire que j'ai jamais remis les pieds dans cet enfer, je préférais les arbres. Leur bourdonnement aigu résonne encore dans ma tête !
Mes apprentissages
Avec tout cela, j'ai tellement appris.
J'ai appris à concevoir l'effort nécessaire que demande l'esprit pour se concentrer.
J'ai appris à percevoir la multitude de pensées qui passent dans ma tête.
J'ai appris à réaliser comment je faisais avant pour "purifier" mes pensées.
J'ai compris l'intérêt du monastère pour ceux qui dédient leur vie à la méditation, et a minima, l'impact que peut avoir notre environnement à notre paix intérieur.
Aujourd'hui, je ne pense pas qu'il faille forcement vivre dans un monastère pour épurer son esprit de tout "bruit" mais notre monde a nous est tellement "bruyant" qu'il doit bien y avoir un moyen de trouver le juste milieu.
Aujourd'hui, je sais que je ne vais pas chercher en Inde à refaire un stage de méditation. Je ne suis pas prêt, et ce n'est pas ce que je recherche. Je pense qu'il faut méditer avec un but, atteindre le nirvana en est un. La sagesse un autre plus accessible mais cela demande un engagement très fort. Ce sont des très long chemins et qui, je pense, vont de pair avec le choix de sa religion et du mode de vie associé. Ce sont des chemins que je ne souhaite pas prendre, à commencer par le simple fait que je ne suis pas bouddhiste ! Je repars donc en quète de ce petit quelque chose, de cette activité ou de cette rencontre qui m'aidera sur le chemin de la paix intérieur (ca fait bizarre d'écrire cela à vrai dire mais je n'ai pas d'autres mots à proposer). Peut-être que j'espérais que la méditation soit une sorte de "soupape à pensée". Peut-être elle l'est mais je ne la vois pas ainsi aujourd'hui. Faute de savoir ce que c'est vraiment, je sais désormais ce que ce n'est pas !
Aujourd'hui, j'ai compris que ma méditation à moi, dans ma vie de tous les jours, c'était dépiler des todo lists, c'était être toujours dans l'action, vouloir construire tout le temps, c'était aussi le sport ou des activités prenantes mentalement. C'était finalement une approche assez machinale : une pensée, je prends, je traite et j'espère qu'il y aura un garbage collector pour récupérer un peu d'espace mémoire (désolé pour cette réflexions d'informaticien raté...)
Ca collait bien à mon rythme de vie, et malgré des problèmes de scalabilité, cela me convenait ! Le couac, c'est quand il manquait un de ces éléments d'épuration....là, ça débordait, il n'y avait plus de mémoire vive et ça (je) "plantait (s)" (i.e stress, mal-être...).
Vous me suivez, ma façon à moi de "purification de la conscience" fonctionnait pas si mal, mais avait une fâcheuse tendance à planter quand j'étais en surcharge (un peu comme windows 95...hum...faut vraiment que j'arrête avec ces références !). Peut-être que ce qu'il manquait, c'était l'étape préalable, la purification de la vertu, qui passe pour beaucoup par le mode de vie (pour éviter les problèmes, soit on traite les exceptions, c'est curatif, soit on essaye de les éviter, c'est préventif). Je pense donc que c'est dans mon mode de vie que je dois évoluer pour "limiter" le nombre de pensées à un niveau raisonnable et peut-être de mieux les trier aussi.
Même en plein tour du monde, je perçois un certain mal-être car en considérant ce voyage comme une longue parenthèse dans ma vie, j'accumule beaucoup beaucoup de choses dans mes TODO list. Choses que je ne fais pas car je suis en voyage mais qui finalement me pèsent mentalement, et remplissent les pages de mon petit carnet !
Voilou, je me sens bien aujourd'hui gràce à cette expérience.
Bises à tous
Fabien
En Grec !
4 commentaires:
C'est top de te lire Fabiéné !
Cette expérience a l'air forte. Perso, c'est dans la lecture (physique quantique, philosophie, histoire), que j'arrive à faire le vide de la vie quotidienne.
Par rapport à ton article, je retiens que comme pour moi, la réflexion sur le monde ne peut se faire qu'à partir d'efforts de concentration intense. La mienne consiste à aller chercher de l'information globale, toi à te recentrer sur toi même avant de penser à autre chose.
Bref, il me tarde de passer une soirée en one on one ;) avec toi pour parler, échanger, débattre de tout ça, car ça a l'air d'être une superbe expérience de vie.
PS : ah, ton nez vient d'arriver chez OCTO, je te le stocke sur Daniela...
Tib
J'ai beaucoup aimé cet article. J'adore lire ton blog de toute façon, mais là, c'était différent et j'ai bien aimé ta façon d'écrire pour cet article. C'est très personnel quand même et je trouve ça modeste de ta part d'avouer que ce n'était pas si facile et peut être pas pour toi. C'était très touchant de te lire te 'mettre à nu' pour un passage intime de ta vie. Merci pour ce partage.
Audrey
J'ai du mal à imaginer comment on fait en pratique ce que tu racontes. C'est la deuxième fois que je lis une histoire si détaillée de la méditation et comment on la fait. Je pense que j'aimerais bien essayer.
Dans ton article, malheureusement, j'ai beausoup de mots inconnus pour moi. Ce sont des mots très spécifiques que malgré ma connaissance de la langue je ne peux pas comprendre.
"je dois évoluer pour "limiter" le nombre de pensées à un niveau raisonnable et peut-être de mieux les trier aussi"
je me demande vraiment si il est faisable d'arriver à ça...
Waouh, j'avoue que j'admire cette mise à nu de tes pensées mais j'ai aimé lire cet article. Alors, je n'ai pas tout compris mais c'est beau d'avoir voulu essayer. bravo!
Déjà que le voyage change (je suppose) une bonne partie de ta façon d'être et de penser, là tu rajoutes un étage (pas n'importe lequel), comment fais tu pour tenir le coup avec toutes ces aventures et expériences. Je ne sais pas qui est Tib mais je crois que tous tes amis qui te suivent ont hâte de passer du temps avec toi pour partager ces moments. Parce que même si on n'y est pas physiquement, je peux te dire que ça cogite ...
Allez j'arrête mon roman, gros bisous on pense à toi du bordelais !!!
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